Meilleures Choses à Faire:
Migrant Tour à Naples
La guide et la coopérative sociale
Le rendez-vous est fixé à la Piazza Mercato en début de matinée, étouffante comme celles que Naples sait offrir en été. Nous attend Priscilla, une jeune femme de vingt-cinq ans, souriante, qui termine sa dernière année de médecine avant de commencer son internat en pédiatrie, mais elle consacre du temps au Migrant Tour, comme narratrice culturelle, par choix, "car la plupart du temps, le racisme découle de l'ignorance". Certaines de ces "ignorances", presque primitives, Priscilla les a vécues sur sa propre peau, comme lorsqu'en plein soleil, on s'étonne qu'elle puisse avoir chaud, ou quand, pour certains, son apparence, avec une mère de la République dominicaine et un père du Ghana, ne correspond pas à son parfait accent napolitain. "Mais c'est surtout une vieille génération", atténue-t-elle avec un bon humour.
Un Migrant Tour pour faire connaître les lieux touristiques et ceux de l'immigration à Naples est une idée portée par la coopérative sociale Casba. "Nous avons pris le concept de Turin - détaille Jomahe Solìs, la présidente de Casba - après avoir pris contact, nous avons commencé à imaginer des itinéraires à Naples". C'est donc depuis 2013 que la coopérative organise ses promenades, qui s'inscrivent dans le réseau européen Migrantour International Urban Routes. En tout, cinq itinéraires/migrant tours sont prévus, permettant de "découvrir la ville de Naples sous un autre angle". "Les promenades - explique Jomahe - ne sont pas conçues autour d'une seule communauté, mais elles partent à la découverte des différentes réalités qui peuplent le centre de Naples". Dans l'un d'eux, "nous l'appelons Mille mondes à la gare", on évoque les nationalités qui vivent dans le quartier populaire de la gare centrale, "principalement originaires d'Afrique : Sénégalais, Nigérian mais aussi Somalien. Nous parlons de la nourriture, des habitudes et coutumes, mais les promenades sont ajustées à notre narrateur culturel qui les assaisonne avec son expérience personnelle", conclut Jomahe. Un second tour se développe autour de l'ancienne porte Capuana et de l'ancien tribunal, derrière le centre historique, tandis qu'un troisième explore les environs de la Piazza Mercato, avec la importante Église du Carmine et sa Vierge brune. C'est ce dernier que raconte Priscilla, s'immergeant surtout dans la zone "ncoppa 'e mmura", l'un des marchés historiques de Naples où, par tradition, on se rend pendant les fêtes de Noël pour faire des courses pour le repas de réveillon.
Itinéraires multiculturels au cœur de Naples
Aujourd'hui, la via Lavinaio est un mélange hétérogène de cultures, d'une Naples où le dialecte règne avec force, authentique, mais aussi de boutiques et de petits restaurants où l'on déguste des plats épicés, où l'on achète des cartes téléphoniques, "et on vient quand on arrive, c'est un point de rencontre, où l'on peut recevoir une aide pratique, particulièrement pour les Srî-lankais et les Pakistanais", ajoute Priscilla. Alors que dans l'église gothique de Sant'Eligio Maggiore, des messes sont célébrées pour la communauté ukrainienne, le prêtre "la prête" à son homologue orthodoxe. Dans la via Nolana, Priscilla tient à montrer une bijouterie, car la femme qui y travaille présente ses créations. C'est ici que Suraya fabrique ses colliers et ce samedi, sa fille de trois ans lui tient compagnie assise sur le comptoir. Peu de mots car elle ne parle ni bien anglais ni italien, mais elle dit que le magasin appartient à son mari, de plus on n'en saura pas plus, juste qu'elle a vingt-neuf ans et qu'elle est arrivée il y a plusieurs années du Bangladesh. Dans ces rues qui sont l'un des cœurs de Naples, les couleurs ont toujours été présentes, celles des vêtements étendus et des voix du marché, et d'autres se sont simplement ajoutées, qui s'harmonisent bien. Comme celles couleur corail du voile qu'une dame remet en place avant de poser avec son petit chat et d'offrir un sourire éclatant. Après avoir été présentés par Priscilla, "nous sommes du Migrant Tour".