Petite guide de la légende de Saint-Tropez

Adham Koenderink

Updated: 26 Mai 2026 ·

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Saint-Tropez : entre glamour, art et histoire

Introduction

vacanciers sur le pont d'un yacht à Saint-Tropez, France, août 1971 photo de Slim Aarons // Getty Images
Slim Aarons // Getty Images photo de www.marieclaire.it
mick et bianca jagger à leur mariage à l'église de sainte anne, saint tropez, 12 mai 1971 photo de reg lancaster // daily express // hulton archive // getty images
Reg Lancaster // Getty Images photo de www.marieclaire.it

Un équilibre parfait entre art et glamour : voici le secret de la perle de la Côte d'Azur, devenue un mythe grâce aux fêtes de Bardot et aux peintures de Matisse, aux existentialistes et au mariage de Mick Jagger, le plus fou du siècle.

On dit Saint-Tropez et on pense immédiatement à la silhouette de Bardot (y a-t-il jamais eu de beauté plus contemporaine ?), presque une sorte de skyline de cette station balnéaire française. Ses seins comme les collines de Ramatuelle et ses cheveux blonds comme les dunes de sable sans fin. Mais on pense aussi à la plage de Pampelonne et aux hectolitres de rosé bus au vieux port, aux peintures de Paul Signac et aux nuits au Club 55 ou au Nikki Beach. Tout comme défilent rapidement les visages de Juliette Gréco et Colette, de Julien Duvivier et René Clair, de Roger Vadim et Gunther Sachs, de Johnny Halliday et Gigi Rizzi (leader des playboys made in Italy, appelés Les Italiens qui conquirent la Riviera dans les années 60 avec le cri "Pieds nus, jeans, cheveux au vent et allez. Vaffanculo !"). En somme, rien n'est comme Saint-Tropez, car ce village de pêcheurs parvient à sublimer la beauté dans toutes ses déclinaisons. Beauté haute et basse, beauté éphémère et engagement. Un mélange comme dans un shaker entre le glamour un peu frivole et des pages magnifiques d'art et de littérature. Si à La Mandrague, la villa en bord de mer près de la plage des Canoubiers, Bardot et Vadim organisaient des fêtes effrénées devenues légendaires, un bon nombre d'années auparavant, ce même coin de monde avait été le terrain de conquête des "existentialistes" Jean-Paul Sartre, Boris Vian et Simone de Beauvoir, arrivés sur la Riviera après la guerre et s'étant installés à l'Hôtel de La Ponche, devenu l'un des salons intellectuels les plus prisés du monde.

La naissance d'un mythe

C'est ici qu'est née la mode des Tropeziennes, des sandales ouvertes inspirées de celles portées par les gladiateurs romains, et l'œuvre la plus séduisante d'Henri Matisse intitulée Luxe, calme et volupté en 1904. Saint-Tropez a été le théâtre du premier monokini scandaleux et du roman tout aussi scandaleux de la dix-neuvième Françoise Sagan Bonjour Tristesse. Dans les années 60, les eaux devant la baie étaient traversées par Gianni Agnelli avec sa flotte, dont Agneta, son yawl à deux mâts en acajou et le G50 de Renato Sonny Levi. À la fin du XIXe siècle, ces mêmes eaux étaient sillonnées par l'écrivain Guy de Maupassant, qui à bord du Bel Ami, écrivait "c'est l'angle que j'aime le plus. Je l'aime comme si j'y étais né, comme si j'y avais grandi". Beauté et insouciance à la puissance exponentielle. Des fêtes un peu folles et de la créativité, émancipation féminine et révolution sexuelle. Une révolution, qui, si l'on y regarde de plus près, a une date de naissance précise : 1955, année où dans le quartier de la Poche Roger Vadim, un tombeur de femmes parisien d'origine russe, a réalisé le film Et Dieu créa la femme, faisant entrer Brigitte Bardot dans l'Olympe des immortelles. Tandis que dans l'Olympe des établissements, c'est celui que l'équipe du film utilise comme cantine de tournage qui rapidement deviendra le fameux Club 55, institution nocturne de la Côte d'Azur, fréquentée par Cher, Elton John et Grace Jones (et aujourd'hui remplacée par le Sénéquier, prisé par Kate Moss et Rihanna). Depuis 1955, plus rien ne sera comme avant. Bardot enflammera tous les magazines. Sa villa sera fréquentée par Sacha Distel, Alain Delon et Jean Paul Belmondo. Avec un hélicoptère, le magnat allemand Gunther Sachs déversera dans son jardin une pluie de pétales de roses rouges comme déclaration d'amour. Et en parlant d'amour, en 1959, Henri Salvador chantera Amour de Saint-Tropez, grimpant dans les classements des ventes. C'est la période où l'on affiche sa liberté à marcher pieds nus dans ses ruelles pavées. Ce sont les années où Eddie Barclay organise ses mémorables soirées blanches dans la Villa Du Cap Camarat, demeure qui des années plus tard servira de décor au film La Piscine avec Delon, Romy Schneider et Jane Birkin, complétant ainsi la transformation de Saint-Tropez en icône du jet set. Les années 70 se distinguent par le mariage le plus fou de tous les temps : celui entre Mick Jagger, en somptueux smoking blanc signé Yves Saint Laurent, et Bianca Perez à l'Hôtel Byblos. Au réception, tout le monde est là : Julie Christie et Peter Frampton, Ringo Starr et Paul McCartney (qui s'assirent cependant à une distance en raison d'une bataille juridique). La légende raconte qu'à la cérémonie, Keith Richards se présenta en tenue nazie (mais il n'existe pas de photos publiques pour le prouver). Le reste n'est que l'histoire d'aujourd'hui, rythmée par le passage des décennies. Beaucoup de choses ont changé. Mais rien n'a complètement disparu. Certes, le tourisme de masse est devenu insoutenable : trop larges sont les hordes de curieux et trop étroites les ruelles du village. Mais des résonances de l'âge d'or sont encore bien présentes même au-delà des nuits qui continuent à être plutôt mouvementées dans des établissements comme Les Caves du Roi du Byblos, chez Gaïo, au White 1921 Bar. L'une des résonances les plus poétiques est liée à l'Hôtel de La Ponche, resté à peu près le même qu'il y a un demi-siècle. Même la chambre numéro 19, la préférée de l'écrivaine Françoise Sagan, est restée quasiment identique. De la fenêtre, on peut en effet admirer la même petite plage qu'il y a cinquante ans, la même mer, la même lumière, les mêmes couleurs. Et si l'on se concentre un peu, même la même joie de vivre...