Cosa resterà di questa Venezia?

Adham Koenderink

Updated: 26 Mai 2026 ·

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Venezia et le tourisme

La situation actuelle

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Angelo Camillieri photo de www.marieclaire.it
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En plein été, pleine adolescence, mon premier voyage avec des amis a été à Venise. Des heures et des heures de train depuis la Sicile, impatients et incrédules de pouvoir réellement voir une ville sans routes ni voitures, figée dans un éternel présent depuis des millénaires. Nous avions seulement en tête ces cartes postales brillantes kitsch des années 90. Les smartphones n'existaient pas encore, se perdre n'était pas seulement une décision fascinante mais une expérience inévitable. Au milieu des infinis canaux, tissés comme des toiles d'araignée, d'où s'écoule une eau dense soulevée par les rames des gondoliers, entre les palais stratifiés par l'histoire et les innombrables touristes figés dans leur propre présent, devenus eux aussi symboles de la ville. Des consommateurs voraces de beauté, avides de la traverser en s'enfonçant pas à pas dans les calli ; frappant dans la pierre à l'intérieur et à l'extérieur des palais qui semblent flotter. Bientôt, je serai l'un d'eux. Un touriste, l'élément le plus récent que l'on puisse trouver dans cette ville apparemment immuable. Cristallisée dans l'histoire, emprisonnée dans ses limites structurelles. Impossible de s'étendre horizontalement comme verticalement. Un labyrinthe amphibie en forme de poisson qui donne une impression d'immobilité, d'atemporalité. Mais il n'en est rien, la lagune a une vie propre, elle mute continuellement, prend et retire de l'espace en suivant son propre cycle vital. Venise est sa perle : un objet précieux et la proie de sa propre beauté.

Harcelée par ses eaux et corrompue par un tourisme si vorace et insatiable que, pour en parler, on utilise les mêmes termes que ceux qu'on utilise pour son plus ancien et implacable ennemi : l'acqua alta. Les masses de touristes deviennent des vagues, des rivières, des marées. Mais si pour l'acqua alta provenant de la mer, conditionnée de plus en plus par le changement climatique, il y aura les barrières du Mose et l'espoir de protéger la fragile île-poisson, pour les marées de touristes, on a pensé à un billet de 5 euros, l'équivalent d'un café sur la place Saint-Marc, à payer seulement si l'on souhaite être un touriste d'un jour. Sinon, exclusion, on n'entre pas. Comme cela se passe exactement dans n'importe quel musée, si tu ne paies pas, tu n'entres pas.

On a toujours parlé avec une certaine inquiétude d'une Venise musée à ciel ouvert, maintenant est arrivé le symbole par excellence : le billet à tamponner. Annulant ainsi la frontière symbolique qui existe entre la ville et une simple attraction ludique. Depuis le 25 avril de cette année, Venise sera la seule ville au monde visitable moyennant un coût. L'administration explique que cette mesure sera en vigueur seulement à certains moments de l'année pour décourager le tourisme "découpe et cours". C'est-à-dire ce tourisme qui laisse peu d'argent, c'est-à-dire de petites sommes, aux grandes structures d'accueil telles que les hôtels, les bed and breakfast et les maisons de luxe qui sont maintenant aux mains de quelques-uns, principalement des multipropriétés qui au fil des ans ont bouleversé le sens même de la ville. Et coupé la durabilité d'une bourgeoisie basse et moyenne.

Le problème des résidents

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Rien n'a été prévu pour le problème le moins évoqué de Venise. Dans ce cas, on en parle avec des termes encore plus durs et sinistres, dans la lagune on l'appelle la diaspora ou l'exode des résidents. Spécialistes, petits entrepreneurs, ouvriers et étudiants. Pour eux, la seule frontière est représentée par les nouveaux quartiers résidentiels sur le continent. Ces villages construits lorsque, au milieu du siècle dernier, Venise rêvait de l'ultra-moderne avec l'industrie lourde, construisant Porto Marghera, ce géant métallique fait d'agressifs épieux tournés vers le ciel et non plus vers la lagune. Rien de plus différent de l'île-poisson. Une moyenne de 1000 résidents en moins chaque année, le mot exode n'est pas un euphémisme, ce sont des chiffres forts qui se retournent comme des gifles nettes et tranchantes. Que se passerait-il si chaque année disparaissait même seulement un dixième de, églises, palais historiques, pierres précieuses, ponts, etc. ? Il ne suffirait pas de papier pour imprimer les premières pages des journaux, la nouvelle ferait trembler les cœurs dans le monde entier. Pourquoi cela n'arrive-t-il pas si ce ne sont que ses habitants qui partent ? Dans quelle mesure peut-on parler de Venise comme d'une ville si seules les murs, les calli et les palais demeuraient ? Et si même les touristes disparaissaient peu à peu, que resterait-il ?

Je suis retourné à Venise avec l'intention de l'observer et de la photographier en me posant ces questions. Suivant ses calli le matin quand le brouillard voudrait cacher les vaporetti surchargés de touristes en arrive, jusqu'au crépuscule, quand les rues se vident progressivement. Et il y a ceux qui prennent la dernière photo de groupe, la dernière file pour entrer à San Marco, le dernier spritz et puis fuient en courant vers la gare ou prennent la dernière gondole. Et puis ces heures où touristes et résidents semblent compter le même nombre. Et après, le silence, par moments inquiétant. Quand Venise vit exactement son opposé, le vide le plus total. Perdant les demi-mesures. Aux atours somptueux et multiculturels de la ville figée dans le temps se sont mêlés ceux d'une monoculture irrespectueuse qui, de temps, ne semble jamais en avoir assez. J'ai essayé de la ré-imaginer comme une ville qui bouge et se transforme en fonction de sa communauté, j'ai vu la vitrine scintillante dans laquelle Venise a été insérée s'éroder, j'ai imaginé une main la soulever et une communauté prête à la reprendre.