La rédemption des femmes en Afrique : entre henné et tresses, des rêves et de la liberté se transmettent

Adham Koenderink

Updated: 26 Mai 2026 ·

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La rédemption des femmes en Afrique : entre henné et tresses, des rêves et de la liberté se transmettent

africa donne
Roberta D'Amore photo de www.marieclaire.it
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L'institut de beauté Mary Saint Claire est situé dans le quartier ACI 2000 de Bamako, au Mali. En entrant, je crois avoir fait une erreur de bâtiment, au rez-de-chaussée il y a un lycée et je me perds dans la confusion des garçons et des filles pendant la pause. Enfin, le gardien m'indique les escaliers menant au premier étage. Les murs sont peints dans des couleurs pastel, quelques miroirs sont ébréchés et les photographies encadrent des visages souriants.

La classe est pleine. Yeux vifs, rires timides, mains qui s'entrelacent sans cesse. Ce sont les élèves du cours de coiffure et d'esthétique. Certaines très jeunes, d'autres, me raconteront, sont déjà mères. Toutes avec un rêve entre les doigts. Elles coiffent, dessinent du henné, s'aident les unes les autres, se racontent des histoires en bambara et apprennent aussi ainsi. Dans chaque geste, il y a quelque chose qui va au-delà de la technique : il y a l'intuition d'avoir un talent, et l'espoir concret que cela puisse devenir un travail.

Aux murs de la salle, je remarque des images publicitaires : des mannequins africains avec des coiffures lisses et des volumes impeccables, selon des standards de beauté plus proches de ceux de l'occident. Des poses élégantes, des regards éloignés. Elles m'ont frappée, peut-être parce qu'elles semblaient raconter une autre histoire, un autre idéal. Peut-être un autre monde. Mais dans cette même pièce, les filles entrecroisaient des mèches, dessinaient du henné, riaient. Et il m'a semblé que dans cet équilibre, entre ce qui vient de l'extérieur et ce qui naît de l'intérieur, se jouait un défi silencieux : celui de choisir qui être, chaque jour, à partir de ses propres désirs.

Après un moment, nous commençons à nous familiariser et une fille, Fanta, me dit : Quand je terminerai le cours, je veux ouvrir mon propre salon. Je veux que ma petite sœur puisse aussi étudier. Personne ne nous a jamais demandé ce que nous voulions faire. Maintenant je le sais.

Dans un pays où le chômage féminin est très élevé et où de nombreuses filles n'ont pas accès à l'éducation, chaque cours, chaque instrument, chaque réelle opportunité est une petite révolution. Malgré toutes les difficultés, ces filles ne veulent pas partir. Elles veulent rester. Mais avec un métier entre les mains, avec un projet de vie, avec la liberté de choisir.

Parfois, il suffit de peu pour allumer cette possibilité : un cours, un atelier, une machine à coudre, un petit prêt. Le microcrédit, par exemple, dans des contextes comme celui-ci, est souvent l'étincelle qui permet à une femme de démarrer quelque chose qui lui est propre. C'est une graine qui germe en autonomie, avec une vision et pour un impact. Parce que ce cours ne s'occupe pas seulement de beauté. Mais aussi de résistance, d'avenir, de travail. Et chaque fois que je repense à elles, à ce matin-là, je me souviens que la révolution commence dans les détails : d'une tresse bien faite, d'une ligne de henné, d'une voix qui chuchote : je veux essayer aussi.

En partant, je m'arrête pour mieux regarder la photo au mur du couloir encadrée en or. C'est une vieille photo de classe. Vingt-deux ou peut-être vingt-quatre filles en uniforme blanc et bordeaux, rassemblées autour d'une table en bois avec des têtes de mannequin et des sourires timides. Avec elles, deux femmes adultes : peut-être des enseignantes, peut-être des mentors, peut-être les mères de nombreuses révolutions silencieuses. C'est une image d'autrefois, et pourtant pleinement présente. Il y a quelque chose dans ce cliché qui m'a rappelé chez moi : la fierté contenue, les rêves qui éclosent dans des salles modestes, le profond sentiment d'appartenance que seuls certains espaces, certains liens, savent générer.